
Malgré
l'opposition des moines, le roi François 1er désigne
Jean le Veneur comme abbé commendataire. Celui-ci ne se
rendit jamais au Mont. Pourtant, assumant des responsabilités,
c'est sous sa prélature que furent construites la porte
de l'avancée et la tour Gabriel. Ces constructions, uniquement
élevées dans un but militaire, n'encouragèrent
pas les moines à faire le service de Dieu décemment
et leur relâchement commença à se faire sentir.
Malgré cela, les pèlerins
continuèrent d'affluer au sanctuaire, alors comment expliquer
ce relâchement des moines si ce n'est par le fait que leur
guide spirituel, leur abbé, brille par son absence. De
1524 à 1570, trois abbés commendataires se succèdent
à la tête de l'abbaye. Tous trois ne profiteront
de cette charge que comme d'une source de revenus supplémentaires.
A partir de 1570, c'est Arthur de Cossé-Brissac qui obtient
du roi la charge abbatiale. La guerre de religion ravage le royaume
peu de temps après son accesion à cette charge.
Pour soutenir l'effort de guerre, le roi Charles IX lève
une taxe sur toutes les églises de son territoire. L'abbé,
craignant de perdre une partie de ses revenus décide de
vendre, sans consulter les moines, les plus belles pièces
du trésor de l'abbaye. Les moines, s'ils nétaient
plus très attentifs au service de Dieu, n'avaient pas perdu
pour autant tout sens des valeurs spirituelles et s'opposèrent
vivement à l'abbé qui finalement renonça.
Son successeur, François de Joyeuse, dans un souci constant
d'économie personelle, ramena le nombre de moines de vingt
six à treize. Cependant, la guerre se rapproche du Mont
et en 1591, les protestants ayant mis au point un fameux stratagème,
tentent de prendre l'abbaye. Sous de les ordres de Gabriel de
Montgomery, profitant d'un épais brouillard, un groupe
d'hommes venant de Courtils se présente au pied de l'abbaye.
Là, pensant obtenir l'aide d'un soldat ennemi soudoyé
quelques jours auparavant, ils attendent que celui-ci les hisse
à l'intérieur de l'édifice. Et, de fait,
les protestants se retrouvent bientôt à plus de quatre
vingt dans le monastère. Cependant, Montgomery étonné
de n'entendre aucun bruit de bataille finit par demander que lui
soit lancé un moine par l'une des fenêtre de l'abbaye.
Ce qui fut chose faite, mais, doutant encore, il ordonna à
l'un de ses plus fidèle soldats de monter. Celui-ci, arrivé
dans le cellier, ne voyant aucun de ses hommes s'écria
pour avertir son chef : "Trahison ! Trahison !". Entendant
cela les Huguenots prirent la fuite en laissant derrière
eux quatre vingt dix huit des leurs.
Si les moines et les soldats du Mont Saint Michel parviennent
à se défendre des attaques de leurs ennemis, en
revanche, ils ne peuvent rien contre les forces de la nature.
En mai 1594, la foudre tombe une nouvelle fois sur le clocher
de l'abbaye. La flèche est totalement détruite et
une partie de la charpente est réduite en cendres. François
de Joyeuse, abbé commendataire, peu désireux de
voir une partie de ses biens engloutis dans les réparations
de ces dommages, refuse de payer les travaux, les religieux décident
alors d'intenter un procès à leur abbé. Ils
gagnent le procès. En 1609, le clocher est reconstruit
et les cloches fondues lors de l'incendie sont remplacées
par de nouvelles. Le Mont connut dans les années qui suivirent
quelques incidentss mais ceux-ci, étant plus anecdotiques
qu'historiques ne méritent pas d'être relatés.
1622 est l'année d'un grand bouleversement au Mont Saint
Michel. L'absence quasi perpétuelle des abbés, les
pèlerinages moins nombreux sont à l'origine du relâchement
spirituel des moines. Une importante réforme s'impose.
Les moines vont être remplacés par neuf Bénédictins
de la Congrégation de Saint-Maur. Ces religieux, fort pieux
et extrêmement culti-